Pourquoi la Nouvelle Librairie Polinoise?

Ne pas laisser mourir un commerce de proximité, participer au développement local : c’est ce qu’a réalisé une poignée de gens en se mobilisant autour de la librairie de Poligny (Jura). Même s’il n’est pas facile de résumer un telle initiative en quelques lignes, cette expérience mérite d’être évoquée.

Fin 2008, face à des problèmes de santé d’une part et des problèmes économiques d’autre part, le tout aggravé par un certain isolement, la libraire de Poligny, faute de repreneur, envisageait de plus en plus sérieusement la fermeture de son commerce.

Un collectif informel d’une petite dizaine de personnes s’est alors mobilisé, d’une part pour apporter un soutien moral à la libraire, d’autre part pour l’aider à trouver un repreneur et faciliter la reprise de ce commerce, qui nous paraît essentiel à la vie culturelle. Après moult rencontres et démarches, force a été de constater qu’aucun repreneur sérieux ne se manifestait.

Le collectif, renforcé par deux libraires (un de Lons et un de Dole), décide alors de tenter une reprise commune de la librairie.

Une réunion publique est organisée début juillet pour présenter un plan de rachat dans un esprit coopératif. À la sortie de la réunion, nous étions plutôt dubitatifs quant au devenir de notre projet. Puis, petit à petit, des personnes se sont manifestées, et nous en avons « prospecté » d’autres. Début août, nous avons acquis la certitude que le pari était possible.

Début septembre, le projet a donc été présenté en séance publique aux personnes qui s’étaient engagées à le soutenir. Tout d’abord, une  SAS de 110 actions à 500 € a été créée. Environ 80 personnes ont acheté une, deux ou trois actions, certaines se mettant à plusieurs pour  en acheter une. Mais quel que soit le nombre de parts achetées, c’est le principe un homme = une voix qui est appliqué. 

En parallèle, la création d’une association,  « Elzévir », dont le but est « de soutenir et promouvoir toute action et animation autour du livre et de la lecture à Poligny », permettra d’éviter l’isolement de la libraire. C’est l’association qui prend, entre autres, en charge l’accueil d’auteurs lors des organisations de signatures. Cette structure peut aussi recevoir des dons (ce qui lui a permis d’acheter deux actions de la SAS).

La librairie est repartie depuis début octobre 2009 sous le nom de « Nouvelle librairie polinoise » et une libraire professionnelle a été embauchée.

C’est bien parce qu’un petit groupe de citoyens engagés et déterminés s’est mobilisé que la librairie de Poligny a pu éviter le dépôt de bilan, mais c’est aussi parce qu’une partie de la population a répondu positivement à l’appel que ce projet  a vu le jour. Preuve qu’il est possible de créer une économie locale sans faire appel à la charité publique, mais en proposant une réalisation  basée sur une économie solidaire et équitable.

Jean-Michel Rozand